Le sillet (1ère partie)

Le sillet, c’est peut-être un détail pour vous, mais ça ne va pas le rester longtemps…

Le sillet, donc, est la pièce sur laquelle reposent les cordes à la tête de manche. Cette pièce, aussi insignifiante puisse-t-elle sembler, est un élément majeur de stabilité de l’accordage, de couleur tonale et même d’intonation de la guitare.

Le sillet, c'est ce truc ivoire, là. Petit, mais costaud.

Le sillet, c’est ce truc ivoire, là. Petit, mais costaud.

Quelles sont les fonctions du sillet?

Tout d’abord, cette pièce maintient les cordes au niveau de la tête de la guitare, déterminant leur écartement en bas de manche (l’écartement à l’autre bout du manche étant déterminé par le chevalet) et supporte la tension des cordes en provenance des mécaniques.

En fonction des types de guitare et de jeu, on va trouver des sillets allant de 42 à 44 mm de large (si vous souhaitez connaître votre largeur de sillet, reportez-vous à cet ingénieux document gracieusement offert par Stewart-MacDonald, un des plus grands sites de fournitures pour luthiers)

Les cordes sont espacées de façon homogène selon des formules complexes (la largeur de chaque corde étant prise en compte), dont on se passera aisément en ayant recours à des gabarits tous faits.

Les cordes sont guidées par des encoches dont l’inclinaison, la largeur et la profondeur dépendent du type de tête et du type de confort désiré par le guitariste.

Courbure idéale des encoche de sillet, par Paul Hostetter

Ainsi, sur les guitares dont la tête forme un angle par rapport au manche, on devrait trouver une inclinaison des encoches afin de faciliter la glisse de la corde ainsi que de diminuer les tensions angulaires comme le montre le schéma ci-contre, qui n’est pas de moi mais de Paul Hostetter, luthier de son état)

Le sillet va pouvoir être placé en bout de touche (type Gibson ou bloc-cordes)

Sillet de Type Gibson, en bout de touche.

Sillet de Type Gibson, en bout de touche.

Sillet bloc-cordes, utile si on utilise le vibrato de façon intensive.

Sillet bloc-cordes, utile si on utilise le vibrato de façon intensive.

ou bien sur la touche elle-même (type Fender)

Sillet de type Fender, sur la touche.

Sillet de type Fender, sur la touche.

où il tiendra la majorité du temps grâce à un point de colle facile à faire sauter en cas de remplacement.

Le sillet fait aussi fonction de « frette zéro » et détermine donc le son des cordes « à vide » (quand on fait vibrer une corde sans placer de doigt sur le manche).

Le matériau du sillet étant différent de l’acier des frettes, une corde jouée « à vide » est réputée sonner différemment d’une corde frettée (ça et le fait que la corde soit plus solidaire du manche sur le sillet que sur une frette).

Le sustain est généralement plus long à vide, ce qui donne en règle générale une couleur inégalable aux accords contenant des cordes « à vide » mais je m’égare, et pas seulement Montparnasse (© Desproges).

Quelques fabricants ont d’ailleurs fait le choix d’un vraie « frette zéro » identique aux autres frettes, le sillet étant reculé vers la tête du manche.

Un exemple de frette zéro : les guitares Vigier, qui privilégient ce type de combinaison sillet + frette zéro (celle-ci étant de plus interchangeable) ©Vigier France

Le sillet détermine également la hauteur des cordes en bas de manche, hauteur qui est le fruit d’un savant équilibre entre facilité de jeu (cordes au plus près de la touche) et frise (quand une corde est trop basse, on obtient un « grésillement » métallique quand celle-ci vibre car l’amplitude de la vibration la fait toucher une frette non désirée).

Cette hauteur (qu’on appelle « action ») des cordes va également jouer sur la justesse des cordes frettées en bas de manche : plus les cordes sont éloignées du manche, plus il faut les tendre pour les plaquer contre les premières frettes, ce qui aboutit à un manque de justesse principalement sur les accords mélangeant cordes frettées et cordes « à vide ».

Si les cordes sont trop hautes par rapport au manche, on tend la corde de façon exagérée en frettant les premières cases. Illustration ©France Guitare

Le sillet remplit enfin une dernière fonction, mais pas la moindre : celle de permettre aux cordes d’avoir une tension stable une fois accordées, et c’est là que le bât blesse la plupart du temps.

Combien de fois avez-vous ramé pour accorder votre guitare, certaines cordes semblant passer de « trop tendue » à « pas assez » et réciproquement en agissant sur les mécaniques?

Combien de fois, la guitare parfaitement accordée, vous êtes-vous retrouvé avec une corde fausse après un bend appuyé, voire plusieurs cordes à l’ouest après quelques dizaines de minutes de strumming acharné?

Combien de fois avez-vous blâmé vos mécaniques pour le manque de tenue de l’accord?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la plupart du temps le sillet qui est en cause, pas les mécaniques.

En effet, le sillet peut bloquer le libre mouvement d’une corde : si l’encoche est trop étroite ou que le matériau du sillet « accroche » la corde (ou le filetage de celle-ci), il est fréquent de se retrouver avec une guitare fausse après un 1er bend appuyé, celui-ci ayant fait se déplacer significativement la corde dans son encoche sans qu’elle retourne à sa position d’origine après le bend. Ce problème est bien évidemment encore plus sensible sur les guitares munies de chevalet mobile (vibrato), ce qui a donné lieu à des solutions extrêmes ou le sillet maintient les cordes fermement (sillet bloc cordes de type Floyd Rose).

Bon, ce sera tout pour l’instant, dans la 2ème partie des articles sur le sillet nous verrons quels sont des différents types de matériaux utilisés pour fabriquer un sillet, ceux qu’on trouve dans le commerce ainsi que ceux que seul un luthier expert pourra vous fabriquer. Puis que faire pour améliorer son sillet. Ou alors ça sera pour une troisième partie histoire de maintenir le suspense.

Merci à tous et à bientôt !

P.S. : oui, je sais, j’ai traîné pour faire ce 1er article. La faute aux vacances des enfants qui m’ont tenu loin de l’ordinateur, à l’absence de bureau décent (je n’écris que dans un bureau luxueux), j’ai eu une panne d’essence et tous les pneus ont crevé, j’avais pas de quoi prendre le métro, les taxis étaient en grève, mon smoking avait rétréci, ma tante a débarqué chez moi, on avait volé ma voiture ! La terre a tremblé trois fois, y a eu une invasion de sauterelles ! Je t’assure que c’était pas ma faute, j’en fais serment devant Dieu ! Et principalement à ma paresse. Mais bon, j’fais c’que j’veux, non?

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Anatomie d’une guitare

Comme je suis à la bourre pour mon premier article sur le sillet, voici une jolie photo pour vous faire patienter.

C’est une guitare de forme dite « Les Paul » (d’après une très célèbre Gibson, donc), et je l’ai agrémentée du nom de ses composants.

Vous pouvez réviser, je ferai une interro la semaine prochaine, puisqu’on parlera du truc en plastique où il y a les cordes dessus, comme dirait Homer Simpson.

Anatomie Guitare

Si vous cliquez sur l’image, vous l’aurez à la taille réelle, assez gigantesque. Oui, je sais, c’est pas la taille qui compte. Mais quand même.

Toute saga a un commencement…

The Guitar Geek Garage, pourquoi ce nom ?

Pourquoi associer les mots guitare, garage… et geek ?

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Oui, c’est mon garage. Celui d’un « guitar geek », donc. Ben quoi? Ça illustre bien le propos, non?

On comprend bien l’association de la guitare et du garage, évoquant tout à la fois le rock, les grosses cylindrées, la mécanique et les doigts dans le cambouis. Mais le geek ? Cet être un peu extra-terrestre, obsédé de technologie et de gadgets est bien loin de l’imagerie traditionnelle du rock. Et pourtant.

La guitare qui m’intéresse est électrique, amplifiée. Micros, câbles, potards et autres sélecteurs interagissent avec la lutherie par le biais des cordes pour créer LE son, celui que chacun cherche : personnel, unique et émouvant.
C’est donc tout à la fois de l’artisanat d’art, du bricolage ET de la technologie qui font le son et la jouabilité d’une guitare – abstraction faite, bien entendu, du guitariste qui compte pour beaucoup dans l’équation.

Je me suis lancé il y a quelques années dans la quête de l’instrument « parfait » sans pour autant me ruiner, et je me suis intéressé de près à la lutherie ainsi qu’à toutes les améliorations qu’on pouvait faire subir à une guitare pour lui apporter plus de justesse, plus de polyvalence, plus de caractère, plus de possibilités mais aussi et surtout plus de plaisir de jeu.

Cette quête était vaine, bien entendu, car l’instrument parfait n’existe pas. En revanche, j’ai rapporté de ce voyage une grande quantité de solutions techniques (et quelques guitares) qui m’ont semblé intéressantes à essayer pour apporter un petit plus à nos chères six-cordes, ceci sans forcément être un luthier ou un électronicien confirmé, et même très souvent à coût réduit.

J’ai également découvert qu’un meilleur son apporte plus de plaisir, et donc un meilleur jeu. Indiscutablement*.

Ce « meilleur » son peut être obtenu en améliorant la lutherie, l’électronique, les accessoires, les réglages et même le look de votre guitare (ça compte pas? Détrompez-vous : on joue mieux sur un instrument qui nous séduit). Bien entendu, on peut aussi acheter un meilleur matériel, mais ce n’est pas le sujet ici.

Parfois, l’amélioration de l’instrument passe par plus de technologie et crois sincèrement que plus de technologie peut apporter plus d’âme – ce qui semblera toujours impossible aux ayatollahs du vintage. Si une technologie peut vous apporter plus de plaisir quand vous jouez, alors votre guitare est juste meilleure. Meilleure pour vous.

Vous l’aurez compris, l’expression « guitar geek » me va comme un gant et j’ai décider de l’assumer ici.

Ce site a pour vocation de vous présenter le plus grand nombre d’améliorations qu’on puisse apporter à une guitare électrique, sous la forme d’un blog qui viendra enrichir le contenu permanent.

Si les cieux me sont cléments, j’espère un jour également distribuer, voire inventer et fabriquer une partie de ces solutions. Et peut-être, encore plus tard et sous des cieux encore plus cléments, les installer dans votre guitare si vous préférez qu’on le fasse pour vous.

Bienvenue à vous dans mon garage. On va mettre les doigts dans le cambouis, mais c’est pour la bonne cause !

* J’étais un guitariste médiocre quand j’ai croisé le chemin d’un certain POD XT Live. Le bond en avant que m’a procuré le plaisir de jeu qui en a résulté a fait de moi un guitariste moins médiocre, mais surtout très heureux. J’avais ENVIE de jouer, à nouveau, avec ma vieille Aria Pro II des années 80. Le ver était dans le fruit : je me suis attaqué à la guitare elle-même après lui avoir donné une « amplification » digne d’elle, qui me permettait d’avoir un son jouissif au casque
Aria

Ma première Victime… Saurez-vous détecter les 5 modifications qu’elle a dû subir?